Mardis du cinéma : Cemetery of Splendour

Mardi 21 mars, 20h30, Théâtre des Variétés

Première partie
L’instantané « Monaco en films » Insolite, étonnant, unique, un document d’archives sur Monaco est présenté sur grand écran.

Court-métrage :
France/Roumanie • 2015 • Couleurs • 9 min. The Reflection of Power, de Mihai Grecu. Dans la capitale la plus secrète du monde, la foule assiste à un spectacle alors qu’une catastrophe menace d’anéantir la ville…
Une réflexion spectaculaire en images de synthèse sur le totalitarisme.

CEMETERY OF SPLENDOUR
de Apichatpong Weerasethakul (2015)
​Rak ti Khon Kaen
Thaïlande, Norvège, Royaume-Uni, Allemagne – 2014 – Couleur – 120 min.

Réalisation et scénario : Apichatpong Weerasethakul. Image : Diego Garcia. Son : Akritchalerm Kalayanamitr. Décors : Akekarat Homlaor. Direction artistique : Pichan Muangduang. Costumes : Phim U-Mari. Montage : Lee Chatametikool. Production : Kick the Machine Films, Illuminations Films, Anna Sanders Films, The Match Factory GmbH. Avec : Jenjira Pongpas Widner (Jenjira), Banlop Lomnoi (Itt), Jarinpattra Rueangram (Keng), Petcharat Chaiburi (l’infirmière Tet), Tawatchai Buawat (le médiateur), Sujittraporn Wongsrikeaw (une déesse), Bhattaratorn Senkraigul (une déesse), Sakda Kaewbuadee (Tong)

l’HISTOIRE
Des soldats atteints d’une mystérieuse maladie du sommeil sont transférés dans un hôpital provisoire installé dans une école abandonnée. Jenjira se porte volontaire pour s’occuper de Itt, un beau soldat auquel personne ne rend visite. Elle se lie d’amitié avec Keng, une jeune ‘‘médium’’ qui utilise ses pouvoirs pour aider les proches à communiquer avec les hommes endormis. Un jour, Jenjira trouve le journal intime de Itt, couvert d’écrits et de croquis étranges. Peut-être existe-t-il une connexion entre l’énigmatique syndrome des soldats et le site ancien mythique qui s’étend sous l’école ? La magie, la guérison, la romance et les rêves se mêlent sur la fragile route de Jenjira vers une conscience profonde d’elle-même et du monde qui l’entoure. ​

la CRITIQUE
Jusque dans les moindres vacillements d’un réel frémissant qu’il embrasse, le film dépeint un monde hanté par tout ce qui le sédimente en d’indémêlables strates de violence et de beauté. Mais cela sur le mode d’une éducation sensuelle. Auscultant tout ce qui s’échappe de la matière et des corps, jusque dans le nouvel ordre relationnel d’un monde où l’on s’aime par Skype et où l’on peut se rêver et se prétendre plus jeune que ne le sont nos artères, la caméra souveraine de Weerasethakul dérive de balades à la lisière de la conscience en expérience de transsubstantiation, pour y édifier son royaume meurtri d’hypersensibilité.
Celui d’un cinéma d’hypnose et d’envoûtements très purs, empreints d’aucune solennité, dont les travellings sont une affaire de voyance et les compositions sophistiquées une entreprise psychédélique au sens le plus noble : elles ne sont là que pour donner à soupçonner et percevoir un refuge de mondes invisibles. Et nous apprendre à y faire notre lit.

Julien Gester in Libération du 2 septembre 2015