Le point sur le « MonacoGate »

L’affaire possède tous les éléments pour déclencher les passions, en premier lieu parce qu’elle touche la médiatique Principauté. Il nous est donc apparu indispensable de faire un point en réunissant différentes sources.

La chronologie

Rappel des événements par Pierre-Louis Boucé pour actuandco.fr

Une enquête du Monde, rédigée par les célèbres journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet, révèle que le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, propriétaire du club de football de l’AS Monaco s’est constitué un réseau de fidèles soutiens au sein de la police et de la justice monégasque.

En l’espèce, il s’agirait d’un contentieux entre Dmitri Rybolovlevl et Yves Bouvier, marchand d’art suisse qui aurait, aux dires du premier, majoré sa commission d’un milliard d’euros alors qu’il l’avait mandaté pour l’achat de toiles de maîtres. L’homme d’affaires russe a ainsi conduit une plaine pour « escroquerie » le 9 janvier 2015.

Les événements s’enchaînent alors : le 23 février 2015, lors d’un dîner organisé par Rybolovlev, Tania Rappo [l’épouse du marchand d’art] se livre à quelques confidences sur l’affaire, tout en étant enregistrée à son insu par l’avocate du Russe (…) Tetiana Bersheda. Les enregistrements sont ensuite envoyés directement sur le bureau des policiers de la principauté.
Deux jours plus tard, Dmitri Rybolovlev fait venir Yves Bouvier à Monaco, mais ce dernier est interpellé par 9 policiers monégasques, qui l’envoient en garde à vue. Après plusieurs heures, le Suisse paye sa caution de 10 millions d’euros et sort libre des locaux de police du Rocher. Il en garde un très mauvais souvenir, considérant que Rybolovlev a utilisé la police locale pour lui tendre un traquenard.

Des répercussions dans la police monégasque ?

[Le 3 février 2017] Tetiana Bersheda, remet son téléphone au juge [monégasque] Morgan Raymond, afin de s’assurer de la véracité du contenu de l’enregistrement. Le contenu du smartphone est gravé sur un DVD ROM que le Monde parvient à se procurer. Mais le 4 septembre dernier, le parquet général de la principauté demande sa destruction.

Dans le téléphone, des centaines de SMS envoyées à différents contacts haut placés dans l’administration policière et judiciaire du Rocher. Parmi eux, trois policiers qui l’ont aidé à tendre un piège à Bouvier quelques mois plus tôt : Régis Asso, directeur de la Sûreté publique aujourd’hui à la retraite; Christophe Haget, patron de la division de la police judiciaire de Monaco; et Frédéric Fusari, son adjoint.

Selon certains SMS, Rybolovlev s’assurait de la coopération d’Asso via diverses faveurs et cadeaux offerts à ce dernier, à l’image d’un onéreux samovar, ustensile servant à faire bouillir l’eau du thé au Proche Orient et en Russie. Le policier est également convié à déjeuner chez le milliardaire à de multiples reprises. Dans tous les cas, c’est l’avocate qui sert d’intermédiaire entre Rybolovlev et ses stratégiques soutiens haut-placés. Tous les messages, des invitations formelles aux intimes souhaits d’anniversaire transitent par son téléphone, et se retrouvent sur le bureau du juge et des journalistes. Un autre texto confirme également l’hypothèse d’Yves Bouvier : « Merci beaucoup pour votre aide dans le dossiers de mes amis suisses » est envoyé à Régis Asso.

La justice touchée ?

Comme le résume le site d’actualités judiciaires juriguide.com suite au départ anticipé à la retraite de Philippe Narmino, Directeur des Services Judiciaires de la Principauté :

…le journal Le Monde a publié une enquête qui met en exergue les liens étroits entre l’équivalent du ministre de la justice monégasque et le président de l’AS Monaco, le russe Dmitri Rybolovlev, alors que ce dernier est aux prises avec la justice de la principauté.

Selon les révélations du Monde, l’oligarque russe se servait servi de l’avocate Me Tetiana Bercheda pour influer sur la justice. Le contenu du téléphone de l’avocate a révélé une relation conflictuelle avec de nombreux cadeaux de la part de M. Rybolovlev adressés à M. Narmino.

Philippe Narmino a été placé en garde à vue vendredi 22 septembre, dans le cadre d’une « information contre X pour trafic d’influence actif et passif ainsi que pour complicité de cette infraction ». La garde à vue a été levée « sans aucune inculpation à l’heure qu’il est » croit savoir romandie.com