La grève nationale française de Carrefour toucherait Monaco

Une grève à l’appel de trois syndicats est organisée dans les magasins Carrefour le samedi du week-end prolongé de Pâques.

Les rayonnages de la grande surface de Fontvieille ne bruissent que de ça : « Demain, c’est la grève, tu vas voir ! ».

Le mot d’ordre est lancé et, parmi les employés, chacun y va de son analyse : « Ils ont ressorti les fiches de paye de 2014 pour gonfler les chiffres » ; « Une prime, même de 1000 euros, ça leur ferait quoi ? T’as vu les bénéfices ? ». Il est vrai que la prime annuelle a connu une baisse pour le moins importante, de 600 à 57 € !

La véritable inconnue est celle du suivi du mouvement. Les syndicats comptent sur une participation de l’ordre de 80 % mais certains salariés considèrent que leur situation n’est pas comparable avec celle de leurs collègues de France. Au moment où nous écrivons ces lignes, l’heure était encore à l’organisation pour le personnel du magasin de l’avenue Albert II « Et toi, tu viens bosser demain ? »

Dès lors, difficile de savoir à quoi s’attendre précisément à Monaco, mais faire ses courses semble devoir être particulièrement difficile.

Pour en savoir plus, le journal Ouest-France fait un point complet de la situation :

Des supermarchés et hypermarchés bloqués ou fermés, des entrepôts à l’arrêt et des gondoles dégarnies : les syndicats de Carrefour entendent frapper fort face aux « attaques » de la direction, avec une « grève générale » samedi, en plein week-end de Pâques.

« Exceptionnel » selon FO, voire inédit selon la CFDT, le mouvement qui s’annonce est à la mesure de la colère qui gronde parmi les salariés du géant de la grande distribution. De leur « inquiétude » aussi, dit la CGT. Il traduit également une très forte « dégradation » du dialogue social, dénoncée par tous les syndicats.

Un plan de 2 400 départs volontaires

À la suppression de milliers d’emplois annoncée en janvier, au projet de passage en location gérance de plusieurs hypermarchés (cinq confirmés, une quarantaine potentiellement visée), aux craintes sur l’avenir à long terme d’autres milliers d’emplois (logistique, réduction de 100,000 m2 des surfaces des hypermarchés), s’est ajouté le « mépris » ressenti par les salariés face à une « aumône ».

L’annonce d’une participation moyenne de 57 €, contre 610 l’an dernier, c’est « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », dit Sylvain Macé (CFDT). « L’ébullition » s’est manifestée bien avant samedi par des débrayages et manifestations spontanés dans des magasins et des plateformes logistiques, souligne Michel Enguelz, représentant de FO, premier syndicat du groupe.

Une baisse du pouvoir d’achat

« Consciente de l’impact de cette baisse sur le pouvoir d’achat », la direction a proposé de relever ce montant à 407 €, via un complément forfaitaire d’intéressement de 350 €. Sans désamorcer la fronde. Les actionnaires vont toucher, eux, 356 millions d’euros de dividendes, font valoir les syndicats qui anticipent aussi des négociations salariales au rabais.

Au programme donc de cette journée de grève à l’appel de FO et la CFDT, relayé séparément par la CGT, défense des emplois et du pouvoir d’achat.

Signe que le mécontentement touche aussi les cadres, considérés comme « la dernière roue du carrosse », leur syndicat, le SNEC CFE-CGC, s’il ne s’associe pas au mouvement de grève, les appelle à la « déconnexion totale » de 9 h à 11 h vendredi dans toutes les sociétés du groupe.

Annonces par voie de presse avant d’en informer les représentants du personnel, négociations « à marche forcée », pas de réponses aux revendications formulées : les syndicats sont unanimes à s’élever contre la « méthode » depuis qu’Alexandre Bompard, qui a pris les rênes du groupe l’été dernier, a dévoilé le 23 janvier son « plan de transformation ».

Pas d’accord trouvé

Menées dans un calendrier très resserré, les négociations sur le plan de départs volontaires (PDV) qui vise les sièges du groupe (2 400 suppressions de postes sur 10 500) se sont achevées mercredi. Dénonçant un « climat de pression et de menaces » sur les salariés envisageant de suivre la grève, FO a annoncé jeudi qu’il ne signerait pas le projet d’accord.

D’autres négociations, sur le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) accompagnant la fermeture de 273 magasins de proximité (ex-Dia), avec à la clé environ 2 300 emplois supprimés, devaient s’achever ce jeudi.

Sur le PSE, Michel Enguelz (FO) évoque quelques « avancées », sur la durée du congé de reclassement ou le budget formation. Même son de cloche à la CFDT, qui reste toutefois, comme la CGT, « très sceptique sur les capacités » du groupe à reclasser les salariés.

Lundi, faute de voir leurs demandes prises en compte, les syndicats avaient demandé le report au mois de mai du comité central d’entreprise de l’entité hypermarchés, point de départ des consultations prévues dans plusieurs instances. Dans les hypermarchés, avant même les annonces de janvier, plusieurs centaines de postes (stations essence, administratif) étaient déjà menacés.

« Imposons d’autres choix en faveur de l’emploi, des salaires et des conditions de travail », proclame un tract CGT appelant à la grève.

Si le plan de transformation « s’accompagne de mesures difficiles sur le volet social », il « vise à pérenniser l’activité de l’entreprise », fait valoir de son côté la direction.

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