Les éditions Vuitton publient le Monte Carlo d’Helmut Newton

La série Fashion Eye des Éditions Louis Vuitton donne à revoir le Monte Carlo d’Helmut Newton. L’atmosphère méditerranéenne, les hautes tours de béton et le fantasme de la richesse et du luxe renforceront un regard en rupture. Newton y façonne une œuvre photographique où la mode se mêle de scandales, de faits-divers, de luxures et de désirs. Sous ses yeux, Monte Carlo est une vibration.

June et Helmut Newton quittent la vie parisienne et leur domicile du Marais en 1981. Ils gagnent Monaco pour des raisons fiscales. Le photographe allemand, naturalisé australien, connaît la splendeur du Sud. En 1964, il s’est offert une maison de pierres dans un petit vignoble à Ramatuelle. Mais à l’image de son cliché de la Princesse Caroline (H.R.H. Caroline, Princess of Hanover, Monte Carlo, 1983), la ville lui apparaît triste et noire dans son soleil de plomb. Matthias Harder, conservateur en chef pour la fondation Helmut Newton (Berlin) confirme, la ville « a quelque chose de funeste ».

Les hôtels innombrables, les marques de luxe, casinos, yachts forment un paysage de béton. « Monaco n’est ni une ville, ni une station themarle, ni un lieu de villégiature ». Et l’habitude lui ouvre les yeux, il se fait à la ville et la ville le façonne. Les deux s’adoptent. Newton arpente les plages, trouve dans les chantiers, sur les bords des piscines, sur les toits des hôtels ou devant le musée Océanographique les symboles d’opulence de Monte-Carlo. Il va se servir de ces décors pour des mises en scène de genre.

À Monte Carlo, pendant près de vingt ans, Newton jongle avec les genres. Ses mannequins sont des jouets, l’une s’habille d’une marque (voici la mode), l’autre gît inanimée (voilà la scène d’un crime), une dernière livre entière un sein ou sa croupe (et là, une scène de nus). Et ces genres se mélangent, telle cette scène réalisée pour l’American Vogue (Juillet 2003). On y retrouve dans un intérieur clinique et pourtant chic une pointe de passion, de l’horreur et du vice, du sang et un soupçon de sexe.

Newton magnifie autant les vêtements qu’il sert que les corps qu’il chérit. Le photographe reconstruit et rejoue le diptyque de l’élégance du prêt-à-porter et du nue radicale. Le même corps photographié est habillé puis dévêtu entièrement. Les poses sont les mêmes, le paysage vient souligner un monde inaccessible. La nudité habille ces filles, aussi finement qu’un tissu conçu avec brio détonne. La force de Newton est de mettre en valeur cette relation nudité/mode dans des environnements brutaux ou feutrés, de montrer combien leur perfection vestimentaire ou corporelle devient un objet de désirs.

L’érotisme pourtant ne se situe pas exclusivement dans le corps. « L’érotisme, pour moi, c’est le visage. Pas le sexe. C’est un vieux cliché que d’affirmer que l’érotisme est le contraire du nu intégral, et pourtant c’est tellement vrai ! », déclare-t-il à Photo en 1975. Et cet érotisme est magnifié par un environnement concret comme sociologique. « Pour moi, une bourgeoise est plus érotique qu’une coiffeuse ou une secrétaire. Rien, dans ces mots, n’est péjoratif ; c’est un constat. La classe, l’élégance, l’éducation, l’environnement sociologique sont des facteurs auxquels je crois. J’ai parfois mauvaise conscience, mais c’est ainsi. Une femme bourgeoise est sexy naturellement. Je hais quand tout est exposé en vitrine, cela fait bon marché. »

Le Monte Carlo d’Helmut Newton des Éditions Louis Vuitton réussit à montrer la transformation radicale de son œuvre dans cet environnement particulier. Et ses photographies fascinent encore aujourd’hui. Elles nous paraissent autant grossières que vulgaires, pleines de frivolité et de sexualité. Et le photographe s’en réjouissait. À Photo, il déclarait encore « le bon goût, c’est de l’anti-mode, de l’anti-photo, de l’anti-fille, de l’anti-érotisme ! La vulgarité, c’est la vie, l’amusement, l’envie, les réactions extrêmes ! ».

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