Tout l’art du cinéma : Orange Mécanique, ce soir

Mardi 23 janvier, 20h30 Théâtre des Variétés

En première partie : L’instantané « Monaco en films »

ORANGE MÉCANIQUE

Stanley Kubrick (1971) –  A Clockwork Orange • Royaume-Uni, 1971, couleurs, 136 min.

Réalisation : Stanley Kubrick. Scénario : Stanley Kubrick, d’après le roman Orange mécanique d’Anthony Burgess. Image : John Alcott. Son : John Jordan. Musique : Walter Carlos, Ludwig van Beethoven, Gioacchino Rossini, Edward Elgar, Arthur Freed, Nacio Herb Brown, Terry Tucker, Erika Eigen. Direction artistique : Russell Hagg, Peter Sheilds. Décors : John Barry. Costumes : Milena Canonero, Ron Beck. Montage : Bill Butler. Production : Kinney Company. Avec : Malcolm McDowell (Alex), Adrienne Corri (Mme Alexander), Patrick Magee (M. Alexander), Michael Bates (le gardien chef), Warren Clarke (Dim), John Clive (l’acteur), Carl Duering (le docteur Brodsky), Paul Farrell (le vagabond), Clive Francis (le locataire), Michael Gover (le gouverneur de la prison).

L’HISTOIRE

Dans un futur indéterminé, mais relativement proche, Alex, un jeune chef de bande que la musique de Beethoven met en transe, se livre à des virées nocturnes sanglantes durant lesquelles avec ces trois acolytes, il donne libre cours à ses instincts agressifs. Les quatre voyous brutalisent un clochard, s’introduisent dans la maison isolée d’un écrivain qu’ils tabassent et dont ils violent la femme. Puis Alex rentre chez ses parents qui se plaignent de ses nombreuses absences à l’école. Le lendemain, il drague deux filles chez un disquaire.

CRITIQUE

Qui douterait que l’expression du pessimisme le plus violent puisse être admirable, devrait aller voir le dernier film de Kubrick. Les Damnés de Visconti n’étaient qu’un moment d’Histoire : Orange mécanique est une parabole enfermant dans un cercle parfaitement clos notre perpétuel théâtre. Tout le film est conçu comme une représentation bouclée sur elle-même, ne laissant ouverte aucune issue : violence, sexualité, émotions, la mécanique digère et redistribue, imperturbablement. (…) L’intrusion irrépressible d’une réalité écaille le monde tangible. Il faut nous apprêter à subir l’inconnu. Kubrick nous l’assène. Théâtre dont la loi semble être le pire, est toujours sûr, parce qu’une chose est toujours, aussi, son contraire, chaque séquence nous renvoyant – après la double partie centrale du film dans la prison et la clinique – à sa représentation inversée. Le pire étant sans conteste que l’irréalité dont nous subissons la fascination se dévoile peu à peu comme reflet d’un réalisme visionnaire.

Claude-Michel Cluny in Cinéma n°166, mai 1972.