L’expo Tom Wesselmann vue par Les Échos

Il n’y a rien de « politically correct » dans cette exposition. Ici les femmes sont le plus souvent nues, elles fument et recherchent leur plaisir. Et c’est un peintre-voyeur américain du nom de Tom Wesselmann (1931-2004) qui les portraiture, sur un fond de bord de mer, au milieu de fruits juteux ou près d’un bocal de mayonnaise. L’artiste est bien moins connu que ses contemporains Pop, Warhol ou Lichtenstein. L’exposition de la Villa Paloma, l’un des deux lieux du Nouveau Musée national de Monaco (NMNM, est l’occasion de découvrir la fascinante complexité de sa création.

De Wesselmann, on connaît surtout en effet ses femmes impudiques en couleurs et souvent sans visage qui le rendront célèbre dans les années 1960. C’est la série des « Great American Nudes » qui est déclinée à l’envi dans la suite de sa carrière et dont l’imagerie va envahir le marché de l’art. Mais son art offre beaucoup plus. Le commissaire de cette petite exposition en une trentaine oeuvres, Chris Sharp, a organisé une mise en scène qui va crescendo dans le plaisir, au titre évocateur, « La Promesse du bonheur ». Les premiers travaux du pop artist sont des collages qui mélangent, par exemple, sur la toile des images récupérées et des peintures d’une demoiselle aux contours simplifiés.

Pour Chris Sharp, Wesselmann symbolise une société d’après-guerre, qui veut jouir autant de son corps que des biens de consommation. Il est un expérimentateur. Lorsqu’il représente en 1966 cette jambe de femme sur fond de mer de sa série « Seascape » elle est peinte sur ce nouveau matériau : le Plexiglas. Il cherche aussi à donner une illusion des trois dimensions à ses peintures. Il découpe ses toiles pour ne laisser apparaître que certains détails, comme un sein en plein air oblitérant le reste du corps de sa créature. De sa peinture il fait donc une sculpture de paysage.

Il détaille des scènes d’avant ou après l’amour dans ses « Bedroom Paintings ». Des baskets et une petite culotte sont représentées sur une toile découpée en reprenant les contours de cette « nature morte » d’un nouveau genre en 1981. Il prend un point de vue singulier en montrant le corps de son personnage allongé vu du dessous en se concentrant sur son pied. La composition est faite de trois toiles découpées juxtaposées, dont on voit le dessous du pied puis une montre, puis une fleur.

Wesselmann invente tout en convoquant l’histoire de l’art. On pense à « La Grande Odalisque » d’Ingres peinte en grisaille lorsqu’il représente sa fumeuse en noir et blanc, aux dernières années de Matisse lorsqu’il joue avec les formes découpées et à Fernand Léger lorsqu’il assemble des pièces de forme géométrique. Wesselmann est un décidément grand peintre à redécouvrir.

« La Promesse du bonheur ».
Nouveau Musée national de Monaco, jusqu’au 6 janvier 2019

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